AlphaTango : ce qu'il faut vraiment déclarer (et ce qui ne sert à rien)
Enregistrement d'exploitant, enregistrement du drone, déclaration de vol : qui doit faire quoi sur AlphaTango selon son profil, et les confusions classiques.
Par L'équipe Drone Ops Mission — Drone Ops Mission
« J'ai déclaré mon vol sur AlphaTango »
Cette phrase, je l'ai entendue au moins dix fois sur un terrain de club. À chaque fois, la même chose derrière : un pilote loisir persuadé qu'avant chaque session il doit prévenir la DGAC quelque part dans le portail. Il ne l'a jamais fait, il se sent vaguement coupable, et il finit par cliquer au hasard dans les menus.
Bonne nouvelle : dans 95 % des cas en loisir, la déclaration de vol n'existe pas. Mauvaise nouvelle : il y a d'autres choses à faire dans AlphaTango, et celles-là sont souvent oubliées — notamment les renouvellements.
AlphaTango, c'est le portail de la DGAC pour les usages de drones. Il mélange volontairement plusieurs procédures qui n'ont rien à voir entre elles, pour tous les profils : loisir, aéromodélisme en association, exploitants en catégorie spécifique. D'où la confusion permanente. Le plus simple est de séparer clairement les trois briques.
Deux enregistrements différents, pas un seul
Première brique : l'enregistrement d'exploitant UAS. C'est une obligation européenne, posée par l'article 14 du règlement (UE) 2019/947. Elle concerne l'exploitant — la personne responsable de l'usage du drone, pas forcément celui qui tient la radio. Elle s'applique dès 250 g de masse maximale au décollage, et aussi en dessous de 250 g si l'appareil embarque un capteur capable de capturer des données à caractère personnel (comprendre : une caméra), sauf jouet conforme à la directive 2009/48/CE.
Concrètement : votre Mini à 249 g avec caméra, oui, il faut être enregistré comme exploitant. C'est la confusion la plus fréquente que je rencontre. Le seuil de 250 g ne dispense de rien quand il y a une caméra.
L'enregistrement vous donne un numéro d'exploitant qui commence par FRA. Ce numéro doit être apposé sur tous vos drones et renseigné dans le système d'identification à distance quand l'appareil en dispose. Un seul numéro, quel que soit le nombre de machines.
Deuxième brique : l'enregistrement de l'aéronef. Celle-là est purement française, issue de l'article L6111-1 du code des transports et du décret n° 2019-1114 du 30 octobre 2019. Elle concerne les drones de 800 g ou plus, individuellement. Chaque machine reçoit son propre numéro d'enregistrement, à coller sur la cellule.
Donc, si vous volez avec un appareil de 900 g : deux enregistrements, deux numéros, deux étiquettes. Si vous volez avec un 249 g équipé d'une caméra : un seul enregistrement, celui d'exploitant. Et si vous avez trois drones dont deux au-dessus de 800 g : un numéro d'exploitant, deux numéros d'aéronef.
À noter aussi : l'exploitant enregistré doit être majeur. Pour un mineur qui pilote, c'est un parent ou un tuteur qui s'enregistre et qui porte la responsabilité.
La déclaration de vol : à qui elle s'adresse vraiment
Dans AlphaTango, il existe bien une rubrique de déclarations. Elle sert aux exploitants en catégorie spécifique : déclaration d'exploitation conforme à un scénario standard, demandes d'autorisation, déclarations préalables pour certains types de vols. C'est le monde des activités professionnelles, du hors-vue, du survol de zones peuplées avec un dossier derrière.
En catégorie ouverte — c'est-à-dire l'essentiel du loisir — il n'y a aucune déclaration de vol à faire. Vous ne prévenez personne avant de décoller dans un champ en A3. Vous respectez les 120 m au-dessus de la surface, les distances aux tiers, les zones interdites, et c'est tout.
L'erreur miroir est plus embêtante : croire qu'une case cochée dans AlphaTango vous ouvre l'espace aérien. Non. Voler dans une CTR, dans une zone P, R ou D, à proximité d'un aérodrome, ou de nuit en agglomération, ça relève d'un accord avec le gestionnaire concerné ou d'une dérogation préfectorale, selon les cas prévus par l'arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord. Ça se joue avec la tour, le gestionnaire d'aérodrome, la préfecture ou la DSAC locale — pas dans un formulaire du portail.
Et les zones RTBA, avec leurs créneaux d'activation publiés en AZBA par le SIA ? Aucune démarche possible, aucune dérogation grand public. On lit la carte, on regarde les horaires, on ne vole pas quand c'est actif. Point.
Ce que tout le monde oublie dans AlphaTango
Le renouvellement. Les enregistrements — exploitant comme aéronef — ne sont pas éternels : ils ont une validité de cinq ans. Beaucoup de pilotes enregistrés en 2020 ou 2021 se promènent aujourd'hui avec un numéro périmé sans le savoir. Le portail envoie bien un mail, encore faut-il que l'adresse soit toujours valide et que le message ne finisse pas en spam. Allez vérifier la date, ça prend trente secondes.
La cession. Vous vendez ou vous achetez un drone de 800 g ou plus d'occasion ? Le changement de propriétaire doit être enregistré. C'est massivement ignoré sur le marché de seconde main, et ça laisse des appareils rattachés à des comptes de gens qui ne les possèdent plus.
La formation. L'attestation de suivi de formation A1/A3 se passe en ligne, dans AlphaTango, gratuitement. C'est une obligation pour piloter en catégorie ouverte au titre du règlement (UE) 2019/947, pas une option de confort. L'examen complémentaire A2, lui, suit une procédure distincte et ne se règle pas d'un clic dans le portail.
Le signalement électronique. Pour les drones de 800 g et plus, l'arrêté du 27 décembre 2019 impose un dispositif de signalement électronique à distance. Rien à déclarer dans AlphaTango pour ça, mais le numéro d'enregistrement de l'aéronef doit y être correctement paramétré. Un numéro mal saisi dans la balise, c'est un signalement inutile.
Le bon réflexe : séparer l'administratif du terrain
Une fois qu'on a mis les choses à plat, la logique est simple. AlphaTango règle votre statut : qui vous êtes, quelles machines vous exploitez, quelle formation vous avez. C'est un travail qu'on fait une fois, puis qu'on met à jour tous les cinq ans ou à chaque achat de drone.
La préparation d'un vol, c'est un autre exercice, et il se refait à chaque sortie : quelle zone, quelle hauteur autorisée, quel créneau AZBA, quel gestionnaire contacter s'il faut un accord, quelle météo. Rien de tout ça ne se trouve dans le portail de la DGAC.
C'est précisément le trou que Drone Ops Mission cherche à combler : croiser votre position, la structure de l'espace aérien, les zones interdites et les activations RTBA pour vous dire ce qui coince avant que vous soyez sur place avec les batteries chargées. Une aide à la décision, pas un tampon de conformité — la responsabilité du vol reste la vôtre, et la vérification des sources officielles avec. La bêta est ouverte et gratuite sur /beta si vous voulez tester ça sur vos spots habituels.