Hauteur max drone : d'où sort la limite des 120 m et quand elle bouge

120 mètres AGL : origine de la règle, mesure en terrain vallonné, zones où le plafond descend à 60 ou 30 m, et le cas des obstacles artificiels.

Dans cet article
  1. 120 m, c'est la marge de sécurité avec les avions
  2. Le piège du terrain vallonné
  3. Les zones où le plafond descend sous 120
  4. Les 15 m que personne n'utilise
  5. Ce qu'on vérifie vraiment avant de décoller

120 m, c'est la marge de sécurité avec les avions

La limite vient du règlement d'exécution (UE) 2019/947, partie A de l'annexe : en catégorie ouverte, l'aéronef sans équipage doit rester à 120 m au maximum du point le plus proche de la surface de la Terre. C'est écrit de la même façon dans les trois sous-catégories A1, A2 et A3. Pas de dérogation implicite, pas de tolérance.

Pourquoi 120 et pas 150, comme c'était le cas en France avant l'entrée en application du régime européen ? Parce que 150 m, c'est exactement le plancher de l'aviation habitée en VFR hors agglomération (500 ft). Deux plafonds collés l'un à l'autre, ça ne laisse aucune marge en cas d'erreur d'altimétrie — et il y en a, des deux côtés. Les 30 m de différence sont une zone tampon, rien d'autre.

Ce qui veut dire que la vraie question n'est pas « est-ce que je peux gratter 10 m » mais « est-ce que quelqu'un peut légalement voler juste au-dessus de moi ». Et la réponse est oui, en permanence : hélicoptères SAMU, travail aérien, vol montagne, aéronefs en vent arrière d'un terrain. Un hélico en évacuation sanitaire ne respecte aucun plancher, il va là où il doit aller. Les 120 m ne vous protègent pas de lui, ils réduisent juste la probabilité de la rencontre.

Le piège du terrain vallonné

La formulation du règlement est précise : 120 m depuis le point le plus proche de la surface de la Terre. Pas depuis le point de décollage. Pas depuis le niveau de la mer. Depuis le sol le plus proche du drone à l'instant T.

Or votre drone, lui, affiche une hauteur barométrique calculée par rapport au point où vous l'avez armé. Tant que vous volez au-dessus d'un terrain plat, les deux coïncident. Dès que le relief bouge, l'écart se creuse — et toujours dans le mauvais sens quand vous descendez une pente.

Exemple concret : vous décollez sur un plateau, vous suivez le rebord, et la vallée tombe de 200 m en contrebas. Votre télécommande affiche 80 m, vous êtes rassuré. Sauf que le point le plus proche de la surface, c'est maintenant le flanc de la vallée, et vous êtes peut-être à 250 m au-dessus de lui. En AGL réel, vous êtes largement hors clous. L'inverse existe aussi : en remontant un versant, vous vous rapprochez du sol et vous êtes en règle alors que l'altimètre indique 150 m. Mais là, c'est le risque CFIT qui vous guette.

Les modes « terrain follow » de certains appareils aident, mais ils reposent sur des capteurs à portée courte et ne lisent pas un relief qui s'effondre brutalement. En montagne, la seule méthode fiable reste de regarder la carte avant de décoller, de repérer les ruptures de pente, et de replanifier des décollages intermédiaires plutôt que de vouloir tout faire depuis un seul point haut.

Les zones où le plafond descend sous 120

La restriction hauteur la plus fréquente en France ne vient pas du règlement européen mais de l'arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs circulant sans personne à bord. Il définit les zones où la hauteur maximale est abaissée, publiées sur la carte « drones loisir » du Géoportail et dans l'AIP.

Concrètement, vous croiserez des plafonds à 100, 60, 50, 30 m et des zones à 0 m — interdiction pure. Les valeurs basses se concentrent autour des aérodromes, sous les trouées d'envol et d'approche, à proximité de certaines installations sensibles, et dans les couloirs d'hélicoptères des grandes agglomérations. La logique est toujours la même : il y a là du trafic habité qui descend très bas, ou une installation qu'on ne veut pas voir survolée.

Attention à ne pas confondre ces plafonds avec les volumes réglementés classiques. Une zone LF-R ou LF-P ne vous donne pas une hauteur max, elle vous donne un volume avec un plancher et un plafond : si le plancher est à la surface, aucune hauteur de vol n'est autorisée pendant l'activité. Même raisonnement pour le RTBA, dont les zones ont souvent un plancher très bas et dont l'activation réelle se lit sur la carte AZBA publiée quotidiennement par le SIA. Un plafond drone à 60 m affiché sur le Géoportail ne vaut rien si une LF-R active couvre la même surface depuis le sol.

Et il reste tout ce qui ne relève pas de l'espace aérien : arrêtés préfectoraux ou municipaux, réglementations de parcs nationaux, zones Natura 2000, réserves naturelles. Celles-là ne figurent pas forcément sur la carte drones et portent souvent sur l'interdiction de survol, pas sur une hauteur.

Les 15 m que personne n'utilise

Le règlement 2019/947 prévoit une exception que la quasi-totalité des pilotes loisir ignore, à juste titre d'ailleurs. Quand on survole un obstacle artificiel de plus de 105 m de haut, la hauteur maximale peut être portée à 15 m au-dessus de la hauteur de l'obstacle, à la demande de l'entité responsable de celui-ci, et à condition de rester dans un rayon horizontal de 50 m autour de lui.

Lisez bien : « à la demande de l'entité responsable ». Ce n'est pas un droit que vous activez en arrivant au pied d'une éolienne ou d'un pylône. C'est une extension prévue pour les inspections d'ouvrages, demandées par l'exploitant. Si vous passez devant un château d'eau de 110 m un dimanche après-midi, votre plafond reste 120 m.

L'autre erreur classique, c'est de croire qu'un obstacle de 150 m « débloque » 165 m dans tout le secteur. Non : les 50 m horizontaux sont une contrainte stricte, et dès que vous en sortez, vous repassez sous les 120 m AGL. Un drone qui s'écarte latéralement d'une éolienne en gardant son altitude se met en infraction sans qu'aucun voyant ne s'allume.

Ce qu'on vérifie vraiment avant de décoller

La hauteur max drone d'un vol donné, ce n'est jamais « 120 m » tout court. C'est le minimum entre les 120 m réglementaires, le plafond éventuel de la zone, l'état d'activation des volumes réglementés du jour, et la hauteur que le relief vous laisse réellement sans vous retrouver à 250 m au-dessus d'un fond de vallée.

Quatre sources à croiser, donc, sur quatre supports différents : la carte Géoportail pour les plafonds, l'AIP et les NOTAM pour les zones, l'AZBA du jour pour le RTBA, et une carte topographique pour le relief. C'est faisable à la main, ça prend vingt minutes, et c'est précisément le genre de tâche où on oublie une case un jour de vent favorable.

Drone Ops Mission regroupe ces vérifications sur un seul écran et vous sort un plafond de travail par point de décollage, relief inclus. La version Pro (8,99 €/mois sur /offre-pro) ajoute le suivi AZBA automatique et l'historique des briefings de mission — reste que la décision finale, et la responsabilité qui va avec, demeurent celles du télépilote.

Sources

    Règlement d'exécution (UE) 2019/947, annexe partie A (UAS.OPEN.010 et sous-catégories A1/A2/A3) — limite des 120 m et dérogation obstacle de plus de 105 m. Arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs circulant sans personne à bord — zones et hauteurs maximales abaissées. Carte « drones loisir » du Géoportail, AIP France (ENR) et cartes AZBA publiées par le SIA pour l'activité RTBA. La réglementation et les zonages évoluent : vérifiez systématiquement les textes en vigueur et les publications du jour avant chaque vol.